Culture et traditions

Les contes

Dans la société traditionnelle acadienne, les récits merveilleux et imaginaires que sont les contes jouent un rôle important de divertissement social. Les Acadiens ont vraiment une affinité pour ce genre de récit et l’on trouve alors partout de bons conteurs qui peuvent garder leur auditoire en haleine pendant des heures. Chaque chantier forestier a son conteur qui divertit les bûcherons après leur journée de travail, et les contes font aussi partie des soirées villageoises.

En plus des conteurs réputés, qui s’exécutent souvent en public, il y a une tradition privée qui s’exerce à l’intérieur des familles. C’est d’abord dans le contexte des veillées familiales que les contes sont transmis aux enfants par les parents ou les grands-parents. Une fois la matière apprise, on pourra acquérir les techniques de narration des contes en observant les conteurs dans les veillées publiques.

Les gens qui se découvrent des talents de conteur peuvent donc développer un style d’interprétation qui leur permettra ensuite d’exercer leur art en public, alors que les autres se contenteront simplement de transmettre des contes à leurs proches.

Aujourd’hui, les archives de folklore du Centre d’études acadiennes de l’Université de Moncton au Nouveau-Brunswick contiennent environ mille contes acadiens. Malgré l’importance de la tradition du conte en Acadie, seulement quatre recueils ont été publiés jusqu’à présent.

La transmission des contes a été durement affectée par le développement des divertissements électroniques, en particulier la télévision. En Acadie, comme partout ailleurs dans le monde occidental, les contes ne font plus partie d’une tradition vivante. Cependant, bien qu’ailleurs les conteurs aient complètement disparus, on en trouve encore un certain nombre en Acadie. Les contes ont survécu jusqu’à aujourd’hui, probablement en raison de l’importance de l’industrie forestière au Canada atlantique.

Pourquoi les loups ont la queue courte

Un jour, un renard et un loup se trouvaient ensemble. Le renard avait invité le loup pour souper. Il avait de la bonne truite. Il dit :

  • Veux-tu me dire où-ce que tu prends ta truite ? T’as toujours de la bonne truite, moi je peux pas en trouver.
  • Je la pêche, je la pêche.
  • Comment-ce tu pêches ça ?
  • Je pêche ça dans un trou dans la glace. Je pêche ça avec ma queue.
  • Veux-tu me montrer comment faire ?
  • Viens demain matin, je te monterai.

Le lendemain matin, il faisait un froid sibérien. Le loup et le renard se rendent à la rivière pis le renard, se faisant aider du loup, a creusé un trou dans la glace. Quand le trou a été assez grand, le renard dit au loup : Mets ta queue dedans pis quand tu sentiras que ça tire – ça peut prendre un peu de temps – tu donneras un coup sec pis tu auras une bonne charge.

Toujours, le loup met sa queue dans la rivière pis attend, pis attend. Le renard rôdait autour pis il demande :

  • Quoi, en as-tu pas encore une charge ?
  • Non, ça tire pas.
  • Attend encore une heure.

Attend, attend, attend. Le loup dit au renard :

  • Je crois que j’en ai une bonne charge parce que je sens que ça tire.
  • Là, donne un coup sec, tu vas en avoir une bonne.

Là il donne un bon coup pis la queue casse. Depuis ce temps-là, les loups ont la queue courte.

La danse traditionnelle en Acadie

L’inspiration des danses traditionnelles acadiennes est surtout trouvée dans des danses d’origine française, britannique et américaine et elles s’exécutent dans la plupart des célébrations joyeuses. Les branles, les rondes, les quadrilles, les cotillons et les sets carrés sont des danses typiquement tirées du répertoire de danses traditionnelles acadiennes. Les branles et les rondes sont des danses qui s’exécutent en tournant en rond et la ronde est accompagnée d’une chanson.

Le quadrille et le cotillon, ancêtres des sets carrés, font partie de la famille de contredanses. Nous retrouvons également la gigue, soit des pas de danse vivants et vigoureux, constitués de frottements et battements de talons, des plantes et demi-plantes des pieds.

Autrefois, la danse était souvent frappée d’interdictions de la part des autorités ecclésiastiques. Selon elles, danser engendrait des désordres de toutes sortes tels que des abus de boisson et des querelles qui menaient parfois jusqu’à la violence. L’Église catholique romaine distinguait trois types de danses : honnêtes, dangereuses et mauvaises.

Ce n’était pas la danse en soi qui était condamnable, mais le contexte dans lequel elle était pratiquée (circonstances, temps, milieux, personnes, costumes, modes).

Au milieu du vingtième siècle, il y eut une modification de la pensée de l’Église catholique au sujet des questions d’ordre moral. La danse traditionnelle acadienne est donc devenue acceptable et nous pouvons aujourd’hui l’admirer partout en Acadie !

Le costume

Les Acadiens ont d’abord porté le costume de leur province d’origine en France et ils sont restés fidèles à leur ancien costume de paysan au cours du XIXe siècle et même, dans certaines régions, jusqu’au début du XXe siècle. Les Acadiennes confectionnaient non seulement les vêtements, mais elles fabriquaient également la toile et l’étoffe qui servaient de matériaux de base dans les textiles. Les étoffes de laine étaient piquantes et les toiles de lin étaient fortes et durables, quoique rudes. Ces matériaux avaient l’avantage d’être isolants, autant pour la chaleur que pour le froid. Lorsque les vêtements devenaient trop usés, ils étaient toujours recyclés. Ils étaient soit taillés en laizes qu’on tissait en « couvertes de guenilles » (catalognes), soit écharpés et cardés avec de la laine neuve pour le tissage des couvertures.

Le costume féminin se composait principalement d’une cotte (jupe), d’un mantelet, d’un mouchoir de cou et d’un bonnet le plus souvent recouvert d’un voile noir. Le mantelet était un « corps » (corsage ou haut de robe) fait d’étoffe ou, plus souvent, recouvert de coton d’indienne. Avec l’étoffe du pays faite de laine naturelle teinte à la maison, les femmes fabriquaient les «culottes de clapets» (pantalons) pour les hommes. Le clapet était un panneau sur le devant du pantalon, retenu par des boutons.

Les femmes leur fabriquaient aussi des vestes courtes, ainsi que des chemises amples faites de toile de lin tissée à la maison. La plupart des cultivateurs possédaient un banc de cordonnier sur lequel ils fabriquaient des mocassins, appelés «souliers de peau», qui étaient portés autant par les hommes que les femmes, tout comme les sabots. Au cours du XIXe siècle, des boutiques de cordonniers ont ouvert leurs portes dans les gros villages, et l’on a commencé à acheter des chaussures plus raffinées.

La nourriture

En pratiquant à la fois l’agriculture, l’élevage et la chasse, auxquels s’ajoute la pêche dans les communautés côtières, les Acadiens avaient en général un régime alimentaire sain quoique, en raison de la pauvreté des terres agricoles dans bien des régions, ils aient souvent dû dépendre de hareng salé et de patates pour assurer leur survie.

La conservation des aliments était assurée grâce à un usage abondant de sel. Au moment de la boucherie à l’automne, on prenait quelques repas de porc frais, avant de saler le reste de la viande pour les mois d’hiver. Le poisson était aussi conservé salé, ainsi que certains légumes comme le chou. La plupart des légumes étaient servis bouillis, sauf la patate, mets par excellence en Acadie, qui pouvait être soit bouillie, soit frite, grillée ou encore râpée, comme dans la préparation des poutines râpées et du pâté à la râpure.

La cuisine traditionnelle

Les Acadiens ont hérité d’une cuisine diversifiée, car leurs ancêtres avaient facilement accès aux produits de la ferme, de la mer et de la chasse, sans oublier les fruits sauvages. La quantité de viande et de poisson qu’une famille consommait pouvait varier selon qu’elle vivait sur la ferme ou qu’elle gagnait sa subsistance essentiellement de la mer. Dans bien des cas, on exerçait les deux occupations.

Jusqu’au milieu du XXe siècle, le porc était la viande la plus disponible dans la région, car pratiquement toutes les familles engraissaient au moins un cochon. Les rôtis et les bouillis de porc se trouvaient régulièrement sur la table. On tuait le cochon vers le début de décembre et une bonne partie de la viande aboutissait au saloir. C’est à ce moment qu’on faisait le boudin et la tête fromagée. Bien que l’on ne confectionne plus de boudin, certaines personnes continuent à préparer la tête fromagée et la sauce de cochon (sauce de boudin) en se procurant le sang, la tête et les abats de l’animal à l’abattoir.

Les poissons et les fruits de mer trouvent une place honorable sur la table acadienne. Il en existe une grande variété : hareng, morue, éperlan, poulamon, truite, anguille, homard, palourdes de basse et de baie, coques et huîtres. Depuis un certain temps, on consomme aussi la plaie (plie), le chancre (crabe), et la mouque (moule). Le poisson est généralement bouilli ou frit. Les crustacés sont cuits dans l’eau bouillante alors que les mollusques sont généralement préparés à la vapeur. On les consomme tels quels ou l’on s’en sert pour faire des fricots et des sauces.

La pomme de terre – ou la patate – est un des aliments de base de la cuisine traditionnelle acadienne. Elle figure dans un grand nombre de plats, mais on la sert aussi en guise de légume aux principaux repas. On oublie souvent que les Acadiens ne cultivaient pas la pomme de terre avant la Déportation. Ils l’ont adoptée dès les premières années du régime anglais, empruntant par la même occasion quelques recettes des colons britanniques ou américains venus s’établir près d’eux.

Parmi ces recettes, il y a les plats à base de pommes de terre râpées, tels que le chiard, la poutine et le beignet râpé.

La messe dominicale

De toutes les pratiques religieuses officielles, la messe dominicale demeure chez la population acadienne, autant hier qu’aujourd’hui, un moment privilégié pour la communauté. Devoir religieux avant tout, cette réunion permet aussi aux fidèles d’apprendre les dernières nouvelles de la paroisse de même que du monde extérieur grâce à la lecture du prône.

Au lendemain du Grand Dérangement et pendant un demi-siècle, malgré l’absence presque totale de missionnaires, les Acadiens tenaient, dans la mesure du possible, à se réunir pour la messe du dimanche. Puisqu’il n’y avait pas de pasteur, on choisissait un homme de confiance, le plus souvent le plus instruit de la région, afin de célébrer des « messes blanches».

Après 1800 et l’érection des premiers cadres paroissiaux, la messe dominicale se fit de plus en plus régulière ; néanmoins, il était toujours impossible pour les patelins situés à l’écart de recevoir la visite du prêtre. Afin d’assister à la messe, certains habitants et leurs familles n’hésitaient pas à parcourir de grandes distances, soit à pied, soit à cheval ou souvent, en embarcation puisque le gros de la population habitait sur le littoral ou le long d’un cours d’eau.

Le cycle liturgique

Le rituel prévoyait 42 fêtes d’obligation et chômées par année. Le calendrier liturgique correspondait plus ou moins au calendrier agraire, de sorte que les fêtes étaient plus nombreuses pendant l’hiver qu’à la belle saison, période des travaux des champs et de la pêche. L’année liturgique commençait par l’Avent, soit le 8 décembre, fête de l’Immaculée-Conception, jadis Notre-Dame-des-Avents, qui coïncidait plus ou moins avec les premières chutes de neige. Le temps de l’Avent était une période de prière et de pénitence pour se préparer à la fête de Noël. Néanmoins, des veillées tranquilles avaient lieu entre voisins et amis, de même que des parties de cartes.

Noël est synonyme de sapin, du Père Noël ou Santa Claus, de cartes de souhaits et de cadeaux, sans oublier pour autant le traditionnel repas ou réveillon après la messe de minuit. Beaucoup de ces pratiques sont apparues au tournant du XIXe siècle, étant dues surtout à l’influence américaine. Seule la messe de minuit avait une valeur symbolique capitale, et les parents et les plus vieux des enfants se rendaient à l’église soit à pied, soit en voiture d’hiver.

Autrefois, l’échange de cadeaux se faisait au Jour de l’an, accompagné dans certaines régions de la bénédiction de la famille par le père. Dans de nombreuses régions acadiennes, les multiples veillées en famille et entre amis se succédaient jusqu’aux Rois, le 6 janvier. On jouait aux cartes, chantait et dansait, tout en prenant un coup. Parfois, les conteurs d’histoires et les vieillards évoquaient le temps de la Dispersion, les misères de la colonisation du pays, les drames de la mer, ou traitaient de sujets plus légers comme la chasse à l’orignal.

Le Mardi gras était la dernière occasion de fêter et de manger tout son saoul avant que commence le carême, c’est-à-dire 40 jours de jeûne et de mortification. Le Mardi gras donnait aussi lieu dans certaines régions acadiennes à une fête semblable à celle de la Chandeleur, alors qu’on faisait une quête de nourriture pour festoyer par après dans une maison désignée. Le dimanche des Rameaux inaugurait la semaine sainte et se caractérisait par la bénédiction des palmes, soit des branches de cèdre ou de sapin. Cette fête était importante pour les fidèles en raison des objets bénits qui étaient destinés à orner et à protéger la maison et ses dépendances, de même que les bateaux des pêcheurs. Puisque Pâques mettait fin aux privations du carême, on consommait à nouveau de la viande, du sucre et de la tire d’érable.

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