Mythes et légendes

Les remèdes populaires

Les Acadiens seront souvent et longtemps au cours de leur histoire privés des services de médecins. Pour le traitement des blessures ou des maladies ou pour divers soins de santé, ils ont donc recours aux ressources de leur milieu. D’abord, il y aura toujours des sages-femmes de grande expérience pour aider aux accouchements. Des « rabouteux » ou « ramancheux » savent remboîter les membres disjoints, réajuster et latter proprement les membres brisés qui se ressoudent sans garder de traces des cassures. Il y a aussi des arrêteurs de sang, que l’on consulte encore de nos jours, pour arrêter le saignement d’une blessure ou pour faire cesser les saignements de nez. D’autres guérisseurs sont capables de faire disparaître les verrues ou de soulager les maux de dents. On croit alors souvent que le septième fils ou la septième fille d’une famille possède un don de guérisseur. On fait aussi beaucoup confiance aux prêtres, croyant que par leurs prières, ces derniers peuvent amener des guérisons.

Pour se soigner de maladies de toutes sortes, les Acadiens ont à leur disposition une pharmacopée de remèdes populaires apportée de France, enrichie de leur propre expérience en Amérique du Nord, augmentée de remèdes d’origine amérindienne et transmise fidèlement par la tradition. Si quelques-uns de ces remèdes d’origine relèvent de la pure superstition, comme de frotter avec un clou une dent qui fait mal et d’aller ensuite le planter dans un arbre, la plupart sont naturels et efficaces, comme les cataplasmes de graine de lin pour faire aboutir les abcès. Plusieurs de ces remèdes sont à base de plantes ou d’herbage. Dans la seule région du sud-est du Nouveau-Brunswick, on a relevé 80 espèces de plantes et d’arbres employés dans la médecine populaire acadienne. La tanaisie, le plantain, l’herbe à dinde et l’absinthe sont parmi les plantes d’origine européenne dont l’usage est alors très répandu. Le thé du Labrador et la savoyane, ou « racines jaunes », sont parmi les plantes indigènes couramment utilisées, alors que les Acadiens ont aussi appris des Micmacs comment préparer des remèdes à base de branches d’arbres comme le tsuga du Canada ou « haricot », le mélèze ou « violon » et l’if du Canada ou « sapin traînard ». Chaque famille prévoyante a toujours des provisions d’herbes, de feuilles ou d’écorce appropriée pour ne pas être prise au dépourvu durant la saison d’hiver.

Les animaux domestiques peuvent aussi être malades. Que ce soit les barbillons, la larve de l’œstre, une entorse ou la gourme, les cultivateurs acadiens connaissent alors les remèdes populaires qui répondent à ces besoins.

Les prévisions du temps

Il est très important dans certains métiers, tels la pêche et l’agriculture, de prévoir le temps qu’il fera le lendemain ou très bientôt. Les fruits d’une longue expérience, enrichie par la tradition, se transmettent fidèlement de père en fils dans ce domaine de la science populaire. Bien des gens savent lire dans le ciel comme dans un livre ouvert et prédire, au moins une journée d’avance souvent, le temps qu’il fera. Bien sûr, parfois les signes ne sont pas clairs et le temps demeure incertain. Par contre, certains signes revêtent un caractère de certitude absolue, tel celui, par exemple, d’un ciel en écailles de maquereau qui annonce de la pluie dans les 24 heures qui vont suivre.

Les présages concernant l’hiver sont particulièrement nombreux, vu l’importance de faire des préparatifs en fonction de la rigueur de cette saison. On croit, par exemple, que plus les nids de guêpes sont hauts, plus la neige sera abondante. De même, plus les oignons et les épis de blé d’Inde sont enveloppés, plus l’hiver sera rude. Enfin, au moment de la boucherie, l’automne, on observe la rate du cochon : plus elle est bossue, plus il y aura de tempêtes de neige au cours de l’hiver.

Les croyances traditionnelles

Les Acadiens sont catholiques et en général profondément religieux. Mais cela ne les empêche pas de maintenir dans leur bagage de traditions d’anciennes croyances de nature superstitieuse. Les légendes furent toujours et continuent d’être très nombreuses dans la tradition orale. La collection la plus considérable est celle de sœur Catherine Jolicoeur, qui, entre 1973 et 1982, a recueilli environ 20 000 récits légendaires auprès de plus de 1 500 informateurs et informatrices au Nouveau-Brunswick. Certains sont des restes d’anciennes croyances en des êtres surnaturels, comme des lutins et les sirènes. Ces croyances tendent à disparaître complètement de nos jours. D’autres, comme les légendes de trésors cachés et de personnages extraordinaires, sont reliées à des endroits précis. Les légendes qui tendent à se maintenir dans la tradition sont celles qui ont un certain lien avec la mentalité religieuse populaire. La crainte du pouvoir maléfique du diable a favorisé la transmission des légendes sur ce dernier, alors que le fait de penser souvent aux âmes du purgatoire a pu influencer la croyance aux manifestations des revenants.

En général, les légendes sont le récit de faits ou d’évènements qui possèdent un fond de vérité mais dont l’imagination populaire s’est emparée pour leur donner des explications merveilleuses et préternaturelles, ajoutant des éléments mystérieux et colorés qui dépassent et déforment la réalité.

Les sorciers

Dans l’Acadie ancienne, les agissements étranges et inexplicables, provenant de personnes ou de bêtes sont attribués aux sorciers qui, grâce à un pacte avec le démon, peuvent ensorceler ou jeter des sorts. Du sang dans le lait des vaches, du beurre malodorant, un animal malade, des crises de folie chez certaines personnes, autant de méfaits que l’on imputera aux sorciers. Ceux-ci peuvent être soit des étrangers aux allures mystérieuses, ou bien des Acadiens marginaux, vivant à l’écart de la société. Au Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard, on se méfie alors des Amérindiens, surtout des femmes, que l’on appelle « taoueilles » et à qui l’on attribue le pouvoir d’ensorceler.

Les personnes considérées comme des sorciers pourront exploiter la crédulité des gens à leur profit, quêtant souvent de porte en porte et extorquant ainsi aliments, linge et vêtements. On croit que les sorciers jettent des sorts en récitant des paroles contenues dans le Petit Albert, livre mystérieux considéré comme « la bible du diable » et dont on a très peur. On dit aussi que les prêtres essaient de récupérer tous les exemplaires du Petit Albert pour les brûler.

Dans les croyances populaires, il existe aussi des gens doués de pouvoirs contre les sorciers, capables de désensorceler et d’enlever les sorts. Ordinairement, ces antisorciers utilisent l’une ou l’autre des méthodes suivantes. La première consiste à chauffer le sorcier, c’est-à-dire à faire bouillir dans un chaudron de l’eau avec des aiguilles et quelque chose de la personne ou de la bête affectée, urine, poil ou autres éléments. Le sorcier ne résiste pas à cette épreuve, paraît-il. Il apparaît sur les lieux et enlève les sorts qu’il a jetés. L’autre méthode consiste à prononcer des formules magiques ou incantatoires. En voici une en anglais utilisée à Chéticamp (Nouvelle-Écosse), pour enlever le sort jeté sur une vache, dont une traduction enlèverait de la saveur :

Trotter Head I forbid thee my house and premises, I forbid thee my barn and cow stable. I forbid thee not to breathe on me nor upon any of my family until thou has painted every fence-post, until thou hast crossed every ocean, and that thus dear day may come in the name of our Lord Jesus Christ. Amen.

Chasse-galerie

Apparentés aux sorciers figurent ceux qui pratiquent la chasse-galerie et peuvent se transporter dans les airs à une vitesse vertigineuse d’une province ou d’un pays à l’autre. Ils enfourchent un billot ou un madrier, ou montent dans une cuve ou sur une planche et à l’aide d’une phrase magique, s’envolent pour arriver à destination dans le temps de le dire. C’est la chasse-galerie la plus connue dans les légendes acadiennes. Celle des groupes qui passent dans les airs, souvent en canot, avec chants et vacarme de toutes sortes est moins répandue en Acadie qu’au Québec

Le diable danseur

On dit de cette légende qu’il en existerait plus de 200 versions au Canada. Chacune d’elles a un cachet local et chacune d’elles passe le même message. Les « danses » étaient vues comme des endroits destinés pour la venue d’un diable. Au dire des curés de l’époque, ces lieux étaient propices aux excès de la chaire et d’autres plaisirs interdits. La version retenue a été racontée par Maurice Comeau de Brantville qui se l’était fait raconter par sa mère.

Un bon soir, une jeune fille décide d’aller danser, malgré le fait que ces parents le lui interdisent. Elle dit à ses parents: « Je vais y aller, même si je dois danser avec le diable en personne!» Alors la danse eu lieu et la jeune fille y alla. Des airs de violons jouaient, les esprits s’échauffèrent et les gens envahirent la piste de danse. La jeune fille n’avait pas de cavalier, mais tout à coup le plus beau des jeunes hommes entra dans la pièce. Ses vêtements étaient extraordinaires, il portait un chapeau haut-de-forme, un manteau et des gants. La jeune fille ne put résister à cet étranger, il la fit tourner et tourner sans jamais s’essoufler. Étrangement, il portait encore ses gants…

La jeune fille devenait étourdie, et elle supplia son partenaire d’arrêter, mais il la possédait. Elle sentit quelque chose dans son dos, comme des griffes….La peur s’empara d’elle, et elle se rappela les paroles qu’elle avait dites à ses parents. Elle se mit à hurler lorsqu’elle se rendit compte que les griffes commençaient à sortir des gants de son cavalier. Un homme accouru auprès de l’étranger, mais celui-ci disparu aussi vite qu’il était arrivé, comme un diable dans l’eau bénite….On dit que la jeune fille porta les marques des griffes du diable pendant toute sa vie.

Les animaux

Il existe d’innombrables légendes au sujet d’apparitions d’animaux mystérieux, soit des chiens, des chats, des chevaux ou encore des animaux sauvages. On trouve, par exemple, la légende de l’impie qui, en chassant le dimanche, rencontre un chevreuil à visage humain. À la suite de cette expérience, il reprend la pratique de sa religion. On trouve aussi beaucoup de légendes au sujet d’un grand chien noir ou d’une bête noire. Devenu un animal quasi légendaire dans la faune du Nouveau-Brunswick, on peut faire un lien entre les légendes de « bêtes à grand’queue » et les supposées apparitions de la panthère.

Les revenants

Les apparitions de défunts sont une source de légendes innombrables et variées dans toutes les régions acadiennes. Étant donné l’importance accordée à la mort, au purgatoire et à l’enfer dans la mentalité religieuse, il n’est pas surprenant que les manifestations des revenants soient si répandues dans les récits de tradition orale. Ces apparitions ont toujours comme but de demander des prières ou des messes, de réparer des torts commis et aussi parfois de faire amender la conduite de certains vivants.

Dans la plupart des légendes, le défunt apparaît sous la forme d’une figure humaine muette, ou encore demeure invisible mais se manifeste par des bruits. Le vivant, effrayé par le spectacle, promet d’accomplir certaines actions si le revenant disparaît, après quoi les manifestations cessent.

Le vaisseau fantôme

Dans ce coin de pays, de génération en génération, le fameux bateau fantôme continue et continuera à faire parler de lui. Quand on commence à fouiller sur le sujet, on y trouve plus qu’une simple petite histoire locale. Le phénomène est mondial, chaque pays à proximité d’étendue d’eau en possède une version. De Dalhousie à Miscou, les histoires divergent et les témoignages abondent. Cependant, toutes les versions ont des points communs : l’annonce du mauvais temps, de naufrages et la vengeance du bien sur le mal.

Parmi mes nombreuses lectures sur le sujet, la version de Francis Savoie alluma mon imagination. Son texte dans L’Île de Shippagan anecdotes, tours et légendes coïncidait avec ma vision du sujet et le voici : «C’était au début du siècle dernier. De gros voiliers, venant de l’inconnu, sillonnaient alors la Baie des Chaleurs et pénétraient dans ses estuaires les plus reculés. On y faisait escale. À l’approche des côtes, ces navires baissaient les voiles et arboraient le pavillon pour appeler à leur bord le pilote qui devait les conduire le plus près possible du rivage; car à cette époque, il n’y avait ni phares, ni bouées, ni aucune autre indication pour les navigateurs, pas même de quai ou de débarcadère. Après avoir jeté l’ancre, on accostait en chaloupe et on se mettait à la recherche de fourrures.

Les réserves indiennes surtout devenaient la convoitise de ces maraudeurs. Après leur avoir troqué leurs précieuses pelleteries contre des objets sans valeur, on les soûlait puis on les pillait de toutes leurs fourrures. Le plus exécré de ces pirates était sans contredit le capitaine Craig. »

Voici l’aventure que me raconta le dernier survivant du pilote de l’Île de Miscou (L’Île de Shippagan anecdotes, tours et légendes – page 61) :

Pour résumer, le pilote alla à bord du navire pour indiquer au Capitaine le chemin de retour. Le pilote entendit un bruit dans la cale et alla voir. À sa surprise, il y trouva deux Indiennes. Il ordonna aux hommes de jeter l’ancre et de les libérer. Ceux-ci voulaient s’amuser et les jeter en mer plus tard. Le pilote les ramena à terre et les Indiennes l’avertirent de ne pas retourner au bateau car elles avaient jeté un sort. Il retourna quand même au bateau, la tempête se leva mais, avec peine et misère, il nagea jusqu’au rivage. Le Capitaine et son équipage moururent tous. On raconte que le pilote épousa l’une des deux Indiennes. Quelques années plus tard, on aperçut le même navire en feu qui demandait l’autorisation avec son drapeau mais le pilote, cette fois-ci, l’ignora… Depuis ce temps, ce navire est condamné à errer et on peut le voir juste avant une tempête.

La maison hantée

Il y a aussi beaucoup de légendes de maisons hantées partout en Acadie. Bien que l’on associe ordinairement les légendes à la société rurale, les maisons hantées semblent être aussi nombreuses dans les villes qu’à la campagne. Dans la seule ville de Moncton au Nouveau-Brunswick, Catherine Jolicoeur a répertorié 14 maisons apparemment hantées et à l’Université de Moncton, les étudiants se transmettent chaque année une légende concernant un bâtiment hanté par une religieuse qui y serait décédée dans un incendie vers les années 1950. Les maisons deviennent souvent hantées à la suite de meurtres, de suicides ou d’autres malheurs. On y aperçoit parfois le fantôme d’un défunt ; mais le plus souvent les habitants de ces maisons entendent divers bruits comme des pleurs, des chaînes ou encore des pas qui résonnent.

Les lutins

Parmi les êtres fantastiques qui ont peuplé le monde des légendes acadiennes, les lutins figurent sans doute au premier rang, en ce sens que la croyance est répandue partout. Ces personnages minuscules à forme humaine s’intéresseraient spécialement aux chevaux. Ils entrent dans les étables la nuit, tressent le crin de ces bêtes pour s’en faire des étriers, puis, à califourchon sur leur cou, sortent les chevaux et les font galoper dans les champs durant des heures. Les lutins prennent grand soin des montures qu’ils choisissent, les nourrissant et les faisant boire. Ainsi, les chevaux lutinés étaient toujours bien gras.

Les feux follets

Les feux follets constituent une autre catégorie d’entités légendaires. Il s’agit de petits feux ou de petites flammes qui se déplacent la nuit à quelques mètres au-dessus du sol, de préférence dans les marais et les savanes, cherchant à y entraîner et à y perdre les passants. Les feux follets essaient d’aveugler leurs victimes en passant devant leurs yeux et tentent de les affoler en émettant un genre de cri qui ressemble à un rire moqueur.

Les sirènes

Certaines légendes, même si elles prennent toujours une couleur locale, remontent loin dans le temps et étaient connues chez les peuples anciens. Si les sirènes existaient déjà dans l’Odyssée d’Homère, des Acadiens aussi, selon la légende, ont rencontré de ces êtres mi-femme et mi-poisson à la voix enchanteresse. On a parlé de sirènes partout le long des côtes des provinces Maritimes ; mais des Acadiens des Îles de la Madeleine, toujours selon des récits légendaires, en auraient entendu chanter, en auraient vu et quelques-uns leur auraient même parlé.

Les trésors cachés

Il n’est sans doute pas impossible que des trésors aient été enfouis le long de quelques rivages des provinces Maritimes par des forbans ou d’autres personnes qui voulaient cacher temporairement leur fortune. Toutefois, la légende s’est emparée de ces histoires pour multiplier les trésors sur tous nos rivages marins et les entourer de récits fabuleux. On raconte que des forbans auraient décapité un membre de leur équipage pour l’enterrer avec le trésor dont il serait alors devenu le gardien, ou auraient voué ce trésor au diable qui devait ensuite en assurer la garde.

La tradition populaire a alors inventé tout un rituel pour permettre de déjouer ces gardiens vigilants et de mettre la main sur ces butins. On ne peut trouver et enlever le trésor qu’à l’heure de minuit et en gardant durant l’opération le silence le plus absolu. Si un membre de l’équipe des chercheurs a le malheur d’émettre une seule parole, le trésor s’évanouit ou change de place et on le perd. Il faut en plus vaincre la peur. Le diable ou le forban décapité, bien qu’incapables de faire du mal aux chercheurs, possède, paraît-il, le pouvoir de créer des situations d’épouvante, où apparaissent des hommes sans tête, des monstres horribles, accompagnés de bruits de chaînes et de hurlements terrifiants, ou encore, produisant des odeurs nauséabondes insupportables. Aussi, les récits légendaires dans ce domaine se concluent assez régulièrement par la fuite en vitesse des chercheurs terrorisés par ces phénomènes diaboliques.

Les personnages extraordinaires

La littérature orale acadienne abonde en récits sur des personnages extraordinaires, dont la plupart racontent les exploits d’hommes forts. Les hommes doués d’une force surhumaine sont alors très admirés dans leurs communautés. Ils jouent un rôle de défenseurs du peuple en milieu minoritaire où les Acadiens sont assujettis à l’intolérance des anglophones. Dans les chantiers forestiers du Nouveau-Brunswick, où se disputent souvent des épreuves de force entre travailleurs, les hommes forts sont craints et respectés de tous.

Dans la tradition orale, ces gens ont pris un caractère rabelaisien, devenant des géants dont la force et l’appétit sont énormes. On raconte encore aujourd’hui les exploits d’un homme fort qui a vécu à Saint-Anselme, dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, au début du XIXe siècle. Il s’agit de « Gros Jean » Doiron, qui pouvait non seulement tuer un ours de ses propres mains, mais qui mangeait de peines marmites de viande d’ours.

Il existe en Acadie d’autres légendes locales, comme l’Antercri de la Baie Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse, une légende inspirée de l’Antéchrist de l’Apocalypse de Saint Jean, mais celles-ci sont plutôt rares.

Les présages

En plus des légendes, il existe aussi des croyances superstitieuses qui ne sont pas accompagnées de récits, mais qui consistent à observer les signes indiquant l’avenir. C’est ce que l’on appelle les présages. À l’encontre des pronostics de la température, ces signes n’ont aucun fondement dans la réalité et ne sont que pures superstitions. Pourtant, ils sont nombreux en Acadie comme ailleurs, et à peu près les mêmes qu’ailleurs. Trouver un fer à cheval ou un trèfle à quatre feuilles signifie de la chance ; un corbeau qui se pose sur une maison annonce la mortalité ; échapper une lavette par terre présage de la visite ; si deux personnes, en travaillant, frappent par accident leurs outils l’un contre l’autre, elles vont encore travailler ensemble l’année suivante, etc.

Les pêcheurs acadiens sont particulièrement portés aux croyances superstitieuses, peut-être à cause des dangers de leur métier. Voici quelques exemples de leurs croyances : ne jamais tourner le couvert de l’écoutille d’un bateau la tête en bas ; ne jamais siffler sur l’eau ; ne jamais embarquer un cochon vivant sur un bateau, ni même prononcer le mot « cochon » ; ne jamais porter de mitaines d’autres couleurs que le blanc ou le gris en bateau.

Il existe aussi alors de nombreuses pratiques superstitieuses auxquelles recourent les jeunes filles pour connaître à l’avance leur futur époux. Elles peuvent, par exemple, mettre un miroir sous leur oreiller dans l’espoir de rêver de lui, ou manger une galette salée le soir pour que le futur époux leur apporte à boire dans leur rêve.

Enfin, on peut affirmer que la superstition n’est pas seulement chose du passé lorsqu’on songe aux moyens par lesquels les gens essaient d’attirer la chance, par exemple en achetant des billets de loterie aux « numéros chanceux ». On peut donc facilement comprendre la profusion de croyances populaires à une époque où la rationalité avait encore moins d’emprise qu’aujourd’hui.

Le bonhomme sept heures

Combien de fois avons-nous dû entrer à cause de ce personnage? Personne ne l’avait vu, ni entendu mais son nom nous faisait frissonner. J’ai toujours voulu m’imaginer ce fameux Bonhomme sept heures, ma représentation était assez proche des écrits. Les différentes versions parlent d’un chapeau, d’une longue cape, d’une canne et du fameux sac. Pour certaines régions, ce sac contenait du sable que ce vilain monsieur lançait aux yeux des enfants désobéissants. Par contre, ce sac, dans certaines régions, était grand et servait à ramasser ceux qui s’aventuraient à l’extérieur après sept heures…

Quant à l’origine, la version française parle de la France et de son couvre-feu à huit heures. La version anglaise pourrait s’expliquer par l’utilisation de « bone settor » du village pour désigner « le tatteux » qui était en général une vieille personne aux cheveux gris avec une canne et un sac pour ses remèdes. Il pourrait y avoir un parallèle avec le fameux marchand de sable («sandman») de nos voisins qui se promenait avec un sac de sable. Malgré la popularité de ce personnage, il existe très peu de représentations. Je me devais de me l’imaginer d’une façon à ce qu’il conserve son anonymat puisque personne n’a jamais vu son visage. La réaction des gens qui voient ce tableau est étrange puisque certains me demandent : « Tu l’as vu, toi aussi? ». Par pur hasard, j’ai imaginé cette image qui semble être la même que d’autres ont vue. Est-ce le hasard ou la légende qui a guidé mes pinceaux? Mystère…

La charette mystérieuse

Il y a longtemps, un phénomène pour le moins inusité hantait les habitants de l’Île Lamèque. Ces derniers entendaient un roulement de charrette. Celui-ci faisait partie du quotidien des habitants de l’Île et ces derniers se dérangeaient, cédant ainsi le passage à cette charrette mystérieuse. Une belle soirée, Octave à Fabien Haché rentrait chez lui quand il entendit le bruit de la charrette le suivre. Ce bruit devint si menaçant qu’il s’arrêta à une maison malgré l’heure tardive. Or, il dut se résoudre de partir. Il prit son courage et s’en alla. Arrivé à la maison, il se dépêcha d’entrer et d’aller se coucher. Il réentendit le bruit et sortit.

Les jours qui suivirent devinrent de plus en plus calmes. La charrette semblait avoir disparu. Quelque temps plus tard, un citoyen nouvellement arrivé sur l’Île, du nom de Henry Sormany, se fit poursuivre et bousculer par quelque chose lorsque, par une belle soirée, il marcha pour se rendre au village. Il eut si peur qu’il se rendit voir Octave sachant que ce dernier avait eu une expérience étrange par le passé. Octave promit de régler le problème une fois pour toutes. Il le fit au même moment. Il alla prier sur la tombe des deux frères qui étaient morts quelques années auparavant et qui n’avaient pas réglé leurs différends quant à l’achat d’une charrette. Ces derniers n’avaient pas l’âme en paix. La charrette et les deux frères auraient quitté l’Île depuis, à ce qu’il paraît… Mais d’autres disent avoir réentendu ce bruit récemment. Serait-ce un rappel? Ou la légende qui veut se perpétuer?…

La dame des neiges

Cette toile représente Christine qui est avec son garçon de neuf ans, Georges, et son bébé de 18 mois, Anna, sous la couverture rouge. Cette femme a été laissée à elle-même par son mari qui avait décidé au matin d’aller chez des voisins avec le bébé de 40 jours pour des provisions. On n’a jamais su pourquoi il avait amené le bébé. En chemin, il s’est perdu et s’est retrouvé chez Joseph Michon, où il laissa le bébé et se rendit chez Pierre Boucher. Le mari, William Comeau, y resta pour jouer aux cartes. Pendant ce temps, Christine n’avait plus de bois et avait brûlé les chaises et tout ce qu’elle pouvait. La tempête était de plus en plus féroce et, voyant la mort venir, elle décida d’aller chez les voisins les plus près. Elle se couvrit d’un manteau très mince, habilla Georges et entoura Anna d’une couverture rouge. Le vent et le froid ne tardèrent pas à se faire sentir. Christine ne put se rendre chez les voisins, elle se blottit contre une clôture. Le lendemain, William rentra et vit la porte de la maison ouverte. L’alarme fut donnée. C’est Cordule Michon et Lange Noël qui aperçurent la guenille rouge jaillir de la neige. La mère et son fils Georges étaient morts gelés tandis que la petite Anna dormait paisiblement dans la couverture rouge.

Dans le coin à droite, on peut voir les silhouettes de Christine serrant son fils et les deux formes symbolisant le froid et la mort qui essaient de s’emparer d’Anna mais celle-ci résista d’où le nom La Dame des neiges. Ceci se déroula le 20 mars 1907 à Pokesudie.

Tiré de Caraquet Village au soleil de J. Antonin Friolet.

Gabriel et Évangéline

Cette toile représente une nouvelle version de ce classique acadien écrit par Longfellow. Les amoureux finissent par sortir de l’histoire pour enfin s’unir, mettant fin à plusieurs siècles de souffrance. C’est en quelque sorte la fin du côté sombre de l’Acadie. Même les déportés reviennent dans les embarcations sous forme de nuages qui accompagnent les silhouettes de colons et de chevaux dissimulés un peu partout dans le ciel. C’est le nouveau départ, la reconstruction et le côté positif de l’avenir de l’Acadie qui se marient avec la lumière.

Les nouveaux-nés de cette réunion continueront l’histoire et propageront l’identité acadienne, la nouvelle identité, celle de demain.

La Gougou

En Acadie, on retrouve un peu de tout : nous avons nous aussi des monstres ou plutôt, une ogresse horrible et gigantesque. C’est cette fameuse Gougou que Samuel de Champlain cite dans « Voyages de Champlain ». « Il y a une chose étrange, digne de réciter, que plusieurs sauvages m’ont assuré être vraie : c’est que, proche de la Baie des Chaleurs, tirant au sud, est une île où fait résidence un monstre épouvantable que les sauvages appellent Gougou. Et m’ont dit qu’il avait la forme d’une femme, mais fort effroyable, et d’une telle grandeur, qu’ils me disaient que le bout des mâts de notre vaisseau ne lui fut pas venu jusqu’à la ceinture tant ils peignent grand; et que souvent il a dévoré et dévoré beaucoup de sauvages; lesquels il met dedans une grande poche, quand il les peut attraper, et puis les mange; et disaient ceux qui avaient évité le péril de cette malheureuse bête, que sa poche était si grande, qu’il y eût pu mettre notre vaisseau. Ce monstre fait des bruits horribles dedans cette île, que les sauvages appellent le Gougou. »

Il s’agit d’une légende micmac que les premiers habitants de l’Île Miscou ont transmise. Quand le ciel s’obscurcissait, les pêcheurs blâmaient la Gougou d’obstruer le ciel, quand le vent soufflait fort, la Gougou s’en venait. Heureusement, les petits Blancs n’avaient rien à craindre, seulement les petits Micmacs pouvaient assouvir son appétit.

Il y a eu très peu de représentations de la Gougou malgré sa popularité pour effrayer les enfants qui sortaient le soir. En faisant la recherche à son sujet, je l’ai imaginée avec quelque chose de très distinctif de l’Île Miscou, son phare. Ce même phare qui rassura plus d’un marin la nuit, ces mêmes marins qui se sauvaient des griffes de la Gougou en pleine obscurité souvent sur une mer déchaînée. Il fallait regarder en avant, trouver la lumière et laisser la Gougou dans sa nuit…

Voyage de nuit

Cette histoire se déroula un soir de pleine lune à la veille de la Toussaint, soit le 31 octobre 1901. Le docteur François Xavier Comeau de Caraquet reçut la visite du voisin David Jean de Morais Office qui lui demandait de passer voir sa femme car elle se sentait mal. En partant, l’épouse du docteur lui dit de faire attention aux loups-garous. Alors, il partit seul de Caraquet avec sa jument Nellie et les rayons de lune ainsi qu’une bouteille de brandy. Au fur et à mesure qu’il avançait, il pensait à toutes sortes d’histoires pour le moins effrayantes. Des marionnettes dansaient, les feux follets chatouillaient les marécages et tout à coup Nellie se fit peur et le docteur tomba de voiture. Une grosse bête noire sauta sur lui. Il lutta tant bien que mal et finit par donner un bon coup à la bête qui roula. Elle finit par se redresser et voulut foncer sur le docteur mais dans les rayons de lune, elle semblait se transformer en forme humaine. Le semblant de bête s’enfuit mais rappela quelque chose au docteur qui était abasourdi. Tant bien que mal, il finit par se rendre à son cheval. Avec un coup de brandy, le docteur reprit la route pour se rendre à Morais Office. La crainte était du rendez-vous, les craquements étaient horribles, il fallait encore du brandy. Heureusement, notre docteur rencontra Richard Jean en chemin, qui l’amena chez David Jean. Il put soigner la vieille Jean qui souffrait d’une pneumonie aigüe. À la chaleur, assis dans un fauteuil, il s’endormit. Soudain, quelqu’un le réveilla. Surpris, il reconnut le voisin de David avec le visage égratigné, le linge déchiré, heureux et comme soulagé. Le docteur lui demanda d’où il venait et qui lui avait fait ça, mais il répondit : « J’sais pas! ». Le docteur n’en croyait pas ses yeux. Pour lui, cette nuit demeura inexpliquée… Il mourut en 1944 à l’âge de 82 ans.

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